COMMENT VIVENT LES RETRAITES AU DEBUT DU XXIè SIECLE ?

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Mis à jour (Jeudi 20 Août 2009) Jeudi 20 Août 2009

Près de 25% de la population française a plus de 58 ans (âge moyen du départ à la retraite). Entre deux stéréotypes auxquels le réduisent souvent les media, le montrant tantôt jeune, cousu d'or(1) et hyperactif, aidé par quelques petites pilules ou une bonne chirurgie, tantôt dramatiquement vieux et dépendant, le retraité "moyen" a bien du mal à se reconnaître. Quelques enquêtes récentes font ressortir les traits communs et les moyennes statistiques de ce groupe d'âge qui se renouvelle rapidement. C'est ce renouvellement des générations qui transforme le vécu de la vieillesse et en exprime la diversité. Trois générations vivent actuellement leur retraite : la génération « krach » (ou génération des aînés), née entre 1916 et 1925, la génération « Libération », née entre 1925 et 1935, et la génération « Algérie », née entre 1935 et 1944 que commencent à rejoindre les plus âgés de la génération « Mai 68 » (ou génération des baby-boomers), nés entre 1945 et 1954(9).

Il n'existe donc pas un unique mode de vie à la retraite, chaque retraité se caractérisant à la fois par sa génération, ses origines, son vécu familial, social et professionnel, sa culture, son environnement, son caractère, son état de santé et ses moyens financiers.

Ni le très grand âge ni la dépendance ne sont pris en compte dans les enquêtes citées.


Ressources
Le montant des retraites, proportionnel aux salaires perçus pendant la période d'activité, reproduit les inégalités existant dans le monde du travail. Celui qui gagnait peu reste au bas de l'échelle des revenus(8). Il n'y a, par exemple, aucune commune mesure entre les moyens de la veuve de plus de 75 ans qui n'a pour vivre que la pension de réversion d'un époux ouvrier(2) et ceux d'un ancien cadre, l'écart moyen en pourcentage des montants de retraite étant par ailleurs de 43,5% en défaveur des femmes. Le revenu disponible, annuel, moyen, des retraités est de 20 950 € contre 29 300 € pour l'ensemble des autres classes d'âge(4). L'écart serait beaucoup plus important sans le revenu du patrimoine, qui représente chez les retraités un peu plus de 7,05% de leur revenu total contre 1,73% pour les moins de 60 ans(1), le taux d'épargne des retraités restant supérieur à la moyenne française, un effort d'épargne d'autant plus soutenu qu'ils sont conscients d'une dégradation de leur pouvoir d'achat par rapport à celui des salariés dans les prochaines années. « Au-delà de leur aspiration à profiter d'une retraite bien méritée, ils ont un impératif de prévoyance pour conserver des marges de manoeuvre face aux risques liés à la vieillesse. Ils ont deux préoccupations majeures : la protection du conjoint (préoccupation plus masculine) et leur autonomie en fin de vie, afin de ne pas être à charge des enfants(6) ».

Le niveau de vie moyen en 2001 des 60 ans et plus est estimé à 16 010 €/an contre
16 540 € pour l'ensemble de la population(4). La plupart disent vivre correctement, même si l'appréciation toute subjective de ce revenu est très variable(2). En fait, mis à part le groupe des revendicatifs qui n'est pas majoritaire, peu d'entre eux perçoivent clairement leur moindre aisance, leurs désirs en termes de consommation s'émoussant au fil des années. Ceux qui connaissent des problèmes de santé ont plus souvent l'impression d'être moins à l'aise financièrement(7). Les générations qui ont connu les restrictions de guerre et d'après guerre avant les "trente glorieuses" se contentent le plus souvent de ce qu'elles ont(2).


Cadre de vie et équipement
73% des ménages retraités sont propriétaires de leur résidence principale contre seulement 56% de l'ensemble des ménages(5). L'accession à la propriété a été pour beaucoup un des grands projets de leur vie, gage de sécurité et plaisir d'être chez soi : ils passent davantage de temps chez eux que les actifs, et de plus en plus au fur et à mesure qu'ils vieillissent. S'ils ne sont pas propriétaires, c'est bien souvent la conséquence des divorces (37% de locataires parmi les "solos") ou du veuvage pour les plus âgés (20% d'usufruitiers parmi les "Solos" de plus de 75 ans). Passé 70 ans cependant, on constate davantage de ventes qui s'expliquent par un besoin de liquidité et de simplification dans la gestion des actifs et la préparation de la transmission(6).

Le projet d'un départ pour d'autres cieux quand arrive la retraite n'est finalement qu'un rêve que peu mettent à exécution. La grande majorité des retraités privilégient le maintien dans leur environnement habituel. Le déménagement au moment de la retraite est le plus souvent le fait des catégories plus aisées et la fréquence des changements varie en fonction de la catégorie sociale. Le premier motif de déménagement est le rapprochement familial, viennent ensuite le retour au pays, des raisons de santé, une meilleure proximité des services et des commerces ou un logement mieux adapté ou moins coûteux(2). 75% des ménages vivent dans des villes de plus de 20 000 habitants. Quelques retraités aisés de la région parisienne optent pour la double résidence qui permet de passer les beaux jours à la campagne et de profiter l'hiver des richesses culturelles de la capitale(2).

L'équipement des retraités en biens durables est sensiblement identique à celui de l'ensemble de la population à l'exception de ceux qui font appel aux nouvelles technologies et requièrent un notable changement d'habitudes : four à micro-ondes (59,1%), magnétoscope (56,5%), téléphone portable (39,9%), minitel (12,7%)(4). Quant à l'ordinateur et internet, si 60% des Français l'utilisent régulièrement, cette proportion tombe à 13% chez les plus de 65 ans (enquête TNS Sofres, avril 2005).

La plupart apprécient de passer davantage de temps chez eux après avoir quitté la vie professionnelle, et de plus en plus au fil des années. Ils sont donc très nombreux, au début de leur retraite, à se lancer dans des travaux d'amélioration de leur habitat. Il semble cependant encore très difficile de les convaincre d'envisager des aménagements destinés à prévenir les risques ou favoriser l'accessibilité. Peu prennent conscience qu'ils pourraient, à ce prix, éviter un certain nombre d'accidents, de brutales entrées en maisons de retraite et rester ainsi beaucoup plus longtemps dans leur cadre familier(3).


Relations familiales et amicales
Majoritairement, les retraités déclarent que la famille est ce qu'il y a de plus important dans leur vie(7). Les couples mariés restent la norme pour les générations plus âgées mais 20% des 65 ans ont vécu une rupture conjugale antérieure. A 60 ans, 40% des "solos" envisagent une nouvelle vie de couple; ils sont encore 20% à l'envisager à 65 ans(6). On voit émerger aussi de nouvelles formes de conjugalité : cohabitation alternée ou intermittente pour tenir compte des enfants et des conséquences sur la retraite et l'héritage. Grâce à l'allongement de la durée de vie, la vie en couple est plus longue et plus fréquente mais le veuvage devient majoritaire après 75 ans. Les femmes, plus précocement veuves que les hommes, sont beaucoup plus nombreuses à vivre seules : 75% au moins des hommes vivent en couple contre 30% seulement des femmes, toutes générations confondues.

40% des plus de 75 ans sont les aînés de quatre générations. Autrefois, les générations se succédaient, à présent, elle se côtoient. Les jeunes retraités (58-64 ans) forment la génération pivot : 53% ont des parents (ou beaux-parents) et des enfants et 36% ont également des petits enfants(6). Ils remplissent souvent le rôle d'aidants aussi bien de leurs parents âgés que de leurs enfants et petits enfants. 60% des seniors déclarent aider ou avoir aidé financièrement un de leurs proches, pour l'essentiel leurs enfants, avec une réorientation vers les petits enfants après 70 ans. Les autres services rendus tiennent de la convivialité familiale : l'accueil des enfants pendant les vacances, la garde occasionnelle ou pour les vacances des petits ou arrière-petits enfants et bien d'autres services encore d'ordre domestique...(7) C'est ce lien intergénérationnel qui permet à l'inactif de rester totalement intégré à la société. Avec l'âge et les problèmes de santé, la tendance se renverse. Ce sont alors les enfants qui apportent des aides diverses, : démarches administratives, courses, ménage, plus rarement une aide financière(7).

Pour ce qui est des relations amicales, il semble difficile de déterminer une tendance générale. On trouve aussi bien ceux qui, grâce à leur nouveau rapport au temps, resserrent les liens avec leurs amis de toujours et s'ouvrent à de nouveaux contacts que ceux - seuls ou vivant en couple - qui ne recherchent pas le contact extérieur(7). Les femmes, particulièrement celles qui vivent seules, semblent être beaucoup plus demandeuses de nouveaux contacts, à en juger par leur surnombre dans les clubs ou associations de quartiers, et celles, à qui le cumul des charges ne permettait pas pendant leur vie active d'entretenir régulièrement leurs relations amicales, y consacrent davantage de temps que les hommes lorsqu'elles sont à la retraite(7). Pour tous, le nombre des amis diminue avec l'âge à cause des décès tandis que la fréquence des rencontres avec ceux qui restent augmente. On remarque aussi davantage de relations sociales parmi les retraités plus aisés, les plus modestes se limitant le plus souvent au cercle étroit de la famille.


Santé
La santé : première préoccupation des retraités(2).

"Sans nul doute, l'état de santé est une variable clé du mode de vie des retraités"(7). De manière générale, il est en constante amélioration depuis quarante ans ainsi que notre longévité. Cependant, les diverses enquêtes font ressortir des réponses très subjectives sur l'état de santé ressenti par chacun. Le nouveau retraité se sent souvent soulagé des petits maux qu'il ressentait à la fin de sa vie professionnelle dès l'instant où il s'en libère. C'est ce que divers observateurs appellent "l'effet grandes vacances", qui n'a qu'un temps puisque le vieillissement, par définition, est progressif. On situe l'apparition des petits et gros ennuis de santé, en moyenne, après 70 ans. A 75 ans, 6 personnes interrogées sur 10 reconnaissent avoir un problème plus ou moins grave : les ennuis les plus fréquents sont d'ordre cardiovasculaire, suivis des problèmes d'os et d'articulations, en troisième lieu viennent le diabète, les ulcères et autres dysfonctionnements digestifs, les maladies urinaires et les faiblesses oculaires. On constate par ailleurs des disparités entre les catégories socioprofessionnelles : les employés du tertiaire et les anciens cadres sont généralement en meilleure santé que les anciens ouvriers d'usine ou du bâtiment(7), ce qui entraîne une disparité régionale entre les zones fortement industrialisées et celles où les emplois tertiaires dominent(2). Enfin, il ressort des enquêtes que les retraités qui se sont investis dans des activités se maintiennent plus longtemps en bonne santé. On peut s'étonner enfin de constater le "fatalisme" de beaucoup quant à l'évolution de leur état de santé, ils déclarent volontiers "vivre au jour le jour"(2) tout en dramatisant parfois le grand âge et en exprimant leur peur de la déchéance. Ils s'en inquiètent pour eux-mêmes ou pour leur entourage mais se projettent difficilement dans des solutions concrètes : peu semblent s'informer des contrats d'assurance qu'ils pourraient contracter(2), seuls 15% semblent avoir prévu quelque chose.(6)


Activités et styles de vie
"Le retraité heureux est le retraité actif". Le jeune retraité a le sentiment d'avoir devant lui une nouvelle plage de vie où il va pouvoir se consacrer à une réalisation de soi longtemps différée(6), ce qui le rend parfois boulimique d'activités nouvelles. Mais, au fil des années et des changement dans sa vie, il préfère bien souvent "profiter d'un nouveau rapport au temps pour se reposer, ne pas se presser, prendre le temps de s'occuper de son domicile et de ses proches. Ainsi, nombreux sont les retraités qui disent ne pas avoir le temps de faire toutes les activités qu'ils avaient plus ou moins planifiées avant la retraite"(2). Et pourtant, même si, en avançant en âge, le retraité a besoin de plus de repos, devient plus lent, si les durées nécessaires aux besoins physiologiques et aux activités domestiques sont plus longues en moyenne de deux heures chaque jour, on constate que les personnes de 60 ans et plus consacrent trois heures supplémentaires par jour à leurs loisirs(7).

Par ordre décroissant, les activités les plus pratiquées sont les activités manuelles (entretien de la maison, bricolage, jardinage), les activités sportives où les hommes sont majoritaires, les activités culturelles, surtout pratiquées par les femmes, les activités de société (scrabble, bridge, échecs...), les activités artistiques (peinture, poterie,etc...). Lorsque les forces déclinent, les activités qui réclament un effort physique important diminuent tandis que les activités de société ou culturelles se maintiennent ; on limite aussi les déplacements, restent alors les loisirs intimes : lecture, radio et surtout la télévision devant laquelle les retraités passent en moyenne trois heures par jour et bien davantage encore en vieillissant. Contrairement au cliché que certains veulent imposer, les retraités ne voyagent pas davantage que le reste de la population : certains, certes, partent facilement au bout du monde, d'autres se contentent de petits déplacements, il y a aussi ceux qui ne voyagent jamais par manque d'envie ou de moyens.


Et la vie associative ?
Un retraité sur quatre est membre d'une association, ce qui ne signifie pas qu'il y participe toujours activement et régulièrement(10). Quant au bénévolat, il occupe moins de place qu'on ne lui en attribue dans la vie des retraités qui craignent d'être contraints à un engagement beaucoup plus important que celui qu'ils sont prêts à assumer(2).

En fait, les activités de chaque retraité dépendent largement de son vécu antérieur comme de son pouvoir d'achat. Il en va de même de son style de vie. Cette constatation a amené des auteurs à établir une typologie des modes de retraite en cinq groupes classés selon leur implication dans les loisirs et la convivialité (7). La "retraite loisir" (44%) regroupe les hyperactifs, fortement impliqués dans la vie associative et ouverts au monde, grands lecteurs, grands voyageurs mais ne négligeant pas pour autant leurs relations sociales et familiales; ils sont en bonne santé, avec des revenus confortables et le plus souvent mariés. La "retraite conviviale" (14%) rassemble les plus sociables qui reçoivent très fréquemment famille et amis tout en pratiquant un certain nombre de loisirs, le sport en particulier mais peu d'activités culturelles, ils participent peu à la vie associative et ne voyagent pas beaucoup; c'est la "retraite active des classes populaires en bonne santé", mariés, dont les revenus sont moyens. La "retraite intimiste" (12,5%) concerne ceux qui placent leur domicile au centre de leur vie, avec des activités manuelles et la télévision pour principal loisir tout en maintenant les relations avec la famille et les amis; il s'agit généralement d'une femme dont les revenus sont modestes. La "retraite retranchée" (20%) est celles de ceux qui sont en retrait de la plupart des activités de loisirs à l'exception des activités culturelles, de la lecture (particulièrement la presse d'actualité) et des voyages, ils ne recherchent pas la compagnie des autres; il s'agit le plus souvent d'un ancien cadre, aisé, de santé fragile. Enfin, la "retraite abandon" (9,5%) se caractérise par l'isolement social et familial, l'absence d'activités de loisirs et d'intérêt pour quoi que ce soit. Ce groupe cumule les handicaps : ils sont en mauvaise santé, pauvres, célibataires ou divorcés.

Les retraités des quatre premiers groupes se déclarent globalement satisfaits de leur sort. Contrairement aux idées reçues, ils ne courent pas après la jeunesse éternelle, "d'une manière générale, tout en prêtant attention à leur état de santé, ils assument leur âge et ses implications d'une manière assez sereine"(2). Par contre, ceux qui vivent la "retraite abandon" considèrent leur vie
négativement et souffrent de solitude et d'ennui.

Ne serait-ce pas que bonne santé et conditions de vie décentes sont le minimum requis pour une retraite heureuse? Ce questionnement devrait guider nos politiques futures envers les personnes âgées afin de satisfaire leurs besoins fondamentaux, respecter leur droit à la spécificité en les valorisant, tout en reconnaissant leur normalité par l'intégration, en leur prêtant assistance pour préserver leur autonomie et en organisant enfin une prise en charge adéquate lorsqu'il devient nécessaire de les protéger.

AM. ODILLON et MJ. SUBLET




BIBLIOGRAPHIE


1)DUCHEMIN I., MARTINEAU J-CH, La vérité sur le revenu des retraités, Notre Temps, n° 422, fév. 2005, pp. 110-116.

2) BUCHER K., Modes de vie et préoccupations des retraités de 60 à 75 ans : entre représentation idéale et réalité sociale, Documents CLEIRPPA, cahier n° 16, oct. 2004, pp. 7-13.

3)MALEVERGNE E., Les retraités et l'habitat : comment prévenir les échecs, Documents CLEIRPPA, cahier n° 16, oct. 2004, pp. 14-15.

4)INSEE, La France en faits et chiffres, Site www.insee.fr (Portail Insee/la France en faits et chiffres)

5)MINODIER CH., RIEG CH, division Logement INSEE, Le patrimoine immobilier des retraités, Insee Première, n° 984, sept. 2004, Site Internet www.insee.fr (rubrique publications).

6)L'Observatoire Caisse d'Épargne 2004 Seniors : parcours de vies, parcours d'épargne, jan. 2004, Site Internet www.groupe.caisse-epargne.com.

7)DELBÈS CH., GAYMU J., La retraite quinze ans après, Cahier n°154, INED 2003, 224p.

8)Rapport du Centre des Jeunes Dirigeants d'Entreprise, Retraites : la vie devant soi, fév. 2002, site Internet www.cjd.net.

9)PRÉEL B., Le choc des générations, La Découverte, 2000.

10)DAVID M-G., STARZEC CH., Modes de vie, revenus et relations entre générations, Actualité et dossier en santé publique, n°21, déc. 1997, Site Internet www.ensp.fr.